Charlie.

 

« Je suis Charlie ».
Je crois que c’est l’expression, le hashtag, la photo de profil Facebook la plus utilisée aujourd’hui en France.
Qui est Charlie? Pour la plupart, ils n’auraient pas su me répondre avant le drame d’aujourd’hui.
Et pourtant moi, jeune étudiante passionnée des arts et des lettres depuis ma plus tendre enfance, ceci est un symbole.
Ce mercredi 7 janvier 2015 au matin, c’est la rentrée pour moi dans mon école de design, je m’atèle donc à ma tâche d’apprentie en illustrant un projet personnel de campagne d’affichage illustrée (bientôt visible dans les rues de Bordeaux mais je vous en parlerai sûrement plus tard). Quand soudain, le smartphone dernier-cri-cadeau-de-Noël de mon amie retentis: un message push du journal Le Monde qui dit qu’il y a eu une fusillade à Charlie Hebdo faisant dix morts. « Quoi? C’est une blague! » « C’est quoi Charlie Hebdo, c’est pas le truc pour enfants? » « Non, c’est un journal satirique! » je m’exclame, en pensant tout bas « Pourvu que ça ne soit pas encore ces tarés d’islamistes ».
Une heure après, le temps de déjeuner, c’est la confirmation. Les dépêches pleuvent, les vidéos immondes du massacre envahissent la toile. Je choisis d’ignorer l’information, sachant que les média s’emballent souvent vite et racontent des âneries aux premières heures d’une catastrophe. Et pourtant, le bilan ne cesse de s’alourdir et les réseaux sociaux de s’emballer. « Pitié, non! Dans quel monde vit-on? Entre Le Pen, Zemmour, Houellebecq et les djihadistes français, v’la l’amalgame et la récupération politique servis sur un plateau d’argent, tout ça à cause de fanatiques qui ne savent même pas ce qu’est le Coran! »
Je suis choquée, outrée, dégoûtée car au nom d’une religion méconnue par la plupart des gens, on a désigné et abattu de sang froid des personnes ne faisant que leur travail.
Inspirée depuis petite par les illustrations des journaux, ce sont mes maîtres et modèles qui ont disparu.
D’origine africaine du nord, plus précisément du Sahel où des connaissances ont du faire face aux ennemis de la Guerre du Mali, je suis donc issue d’une culture musulmane pacifique, laïque et modérée. Sans être particulièrement pratiquante et m’intéressant à toutes les religions sans choisir, on m’a toujours appris l’amour et la tolérance à travers l’Islam. Or quand je vois ces malades qui sévissent partout dans le monde et s’entretuent eux-même sans que ceci n’ai de sens, j’en ai la nausée. Je me mets à la place de tous ceux qui m’entourent, la famille amicale que j’ai choisie, de culture et confession chrétienne ou juive, qui ne comprend pas. Et de nos jours, si nous n’éteignions pas nos portables, télévisions et ordinateurs, on ne peut pas échapper aux sirènes hurlantes des média qui ne cessent de jouer sur la peur du terrorisme et de l’islamiste fou. On a peur, on met tout le monde dans le même panier. Et on s’en sert pour attiser la haine jusqu’au dernier souffle de vie.
Mon compte Facebook s’agite. On m’invite à toutes sortes de rassemblements. On m’appelle. On me demande si on se joint à une-telle ou l’autre. J’avais prévu de faire les soldes, me payer de la lingerie hors de prix. Mais devant de telles immondices, qu’est ce qu’une pauvre parure en dentelle devant le besoin de s’exprimer et de rendre la justice? Je range mon ordinateur et cours rejoindre mon meilleur ami, tout aussi affecté que moi. Ayant eu la chance de côtoyer et d’être élevés par des intellectuels, notre sensibilité à la culture et au dur gain de la liberté nous a rapproché. J’ai enfin pu voir en fin d’après-midi les éditions spéciales des journaux télévisés du monde entier avant que nous marchâmes vers le Parvis des Droits de l’Homme de Bordeaux pour se rassembler et écouter un discours du Club de la Presse de Bordeaux. Le discours était froid, digne de politiciens, mais la minute de silence fut émouvante. Je retira mon chapeau, mes lunettes, et dans les bras d’une nouvelle amie, je pleura. A toutes ces personnes perdues pour rien, reposez en paix, vous avez eux le courage et le culot d’avoir fait tout ce qui était en votre pouvoir et avec votre talent.
Plus tard, le petit monde du journalisme et de la communication de Bordeaux s’est retrouvé au bord des quais de Garonne aux Quinconces pour allumer bougies et cierges et se recueillir dans le calme. Moment chargé d’émotion étant donné qu’un cousin lointain est mort noyé à cet endroit-même dans la Garonne quelques années plus tôt (A Thianibié et sa famille, je pense à vous). Et on s’embrasse, on se promet d’oublier cette journée car la vie continue malgré tout. N’oublions pas que nous n’avons qu’une vie, qu’on ne sait pas de quoi est fait le lendemain et qu’on peut disparaître d’un moment à l’autre. Alors ne perdons plus notre temps en hypocrisies et faux semblants, aimez pleinement ceux que vous aimez tant qu’ils sont encore là.
Je n’ai pas pour habitude de tellement m’exprimer par texte sur mes blogs, à part pour des sujets qui me touchent particulièrement, mais comment ne pas se sentir concernée par ce qu’il vient de se passer.
Qu’est ce que ça sera demain? Une attaque dans les universités à la Colombine? Assassinera-t-on les blogueurs ayant osé poster quelque chose qui déplaît à quelqu’un? Ça fait froid dans le dos. Mais nous, ici, en France, nous avons la chance de pouvoir s’exprimer librement et ayons une voix à faire entendre. Ne vous taisez pas car contrairement aux armes de guerre, votre voix (ou votre crayon) est la plus puissante arme que vous puissiez avoir et soyez fiers que vos ancêtres se soient battus pour ceci.

 

Se faire tuer gratuitement en faisant tout simplement son boulot.
Dans quel monde vit-on?
Aux journalistes et maintenant aux dessinateurs qui risquent désormais leurs vies dans l’exercice de leurs fonctions, à Cabu, Charb, Wolinski et Tignous. Merci pour l’inspiration que vous étiez pour moi depuis mon plus jeune âge.
Comme une envie de gerber.

 — Outrée.

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