An bè kélé !

Aujourd’hui, je vous propose de découvrir mon portrait sous forme d’interview réalisé par Elisabeth et Emma pour l’association Kélé, créée par Thomas Glantenay !

Pour Kélé, Elisabeth et Emma partent à la rencontre de l’Afrique à Bordeaux. Aux gens que qu’elles croisent, elles leur demandent qui ils sont individuellement (kélé = un, en langue bambara du Mali) mais aussi le ou les projets qu’ils portent de manière plus collective (an bè kélé = nous sommes un / on est ensemble). Parfois le « je » et le « nous » peuvent aussi se superposer.

Ces rencontres, c’est l’occasion pour Kélé de faire connaître une personne, une association, une entreprise, un groupe de musique, un restaurant, un lieu, un évènement, une initiative… Et c’est aussi l’occasion de rassembler autour de notre projet collectif : un Festival Africain Contemporain à Bordeaux en 2018.

Pour ce troisième portrait de leur série, elles m’ont donné rendez-vous en plein cœur du quartier des Chartrons à Bordeaux.

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Bonjour ! D’où viens-tu ? Quel est ton parcours ?
Bordelaise, j’ai toujours été créative ! Dessin, peinture, couture, photographie… Enfant, je me suis rarement ennuyée. Après une licence à l’Ecole de Communication Visuelle de Bordeaux, je pars un an faire une césure à Londres. De retour à Bordeaux des idées plein la tête, je m’inscris en master de design à l’école de Condé, que je viens de terminer. En parallèle, je suis depuis quelques années graphiste/illustratrice free lance.

Qu’est-ce qui te plaît à Bordeaux ?
D’abord, la ville est magnifique. Elle n’a pas toujours été aussi éclatante ! Quand j’étais plus petite, je l’ai connue grise, plus fade… La transformation a été radicale. Ensuite, ce qui me plaît ici, ce sont les gens. J’aime les Bordelais ! Ils ont toujours cette générosité, cette envie de faire découvrir des endroits sympas. A part ça, c’est une ville de plus en plus dynamique. Il s’y passe plein de choses, des salles de concert ouvrent, des artistes et des entreprises viennent. Plus ça va, moins on s’ennuie ici !

Tu es graphiste, illustratrice, blogueuse… et j’en passe. Créatif, ton travail a aussi une dimension collective évidente. On sent ton désir de créer des liens, de rassembler. C’est quelque chose d’important pour toi ?

Quand je travaille sur des projets, ce qui me plaît, c’est certes la dimension créative, mais aussi le fait que ce soit utile à d’autres. Le beau pour le beau, d’accord, mais il faut que ça serve à mon entourage ou à la société !
Durant mes études, j’ai réalisé, comme projet personnel, une campagne d’affichage contre les incivilités dans Bordeaux. A ce moment-là, je vivais à Cenon. Dans les transports en commun pour me rendre en cours ou au travail (j’étais hôtesse d’accueil au Mama Shelter à l’époque), je n’en pouvais plus des personnes qui ne respectaient rien. Finalement, ça a bien marché, la mairie l’a repérée (Bordeaux, Ensemble) et l’a diffusée dans toute la ville !
Dans mes projets actuels, j’essaie de simplifier la vie des Bordelais grâce à Maitika, la startup que je viens de rejoindre en tant que Directrice Artistique et Community Manager.

“Mademoiselle Saëlle”, pourquoi as-tu choisi ce pseudonyme ?
Au moment où je cherchais mon nom d’entrepreneur et d’artiste, je m’intéressais de plus près à mes racines. Or mes parents sont Peuls et viennent du Sahel, plus précisément du Mali. J’ai féminisé ce mot “Sahel”, en “Saëlle”. Voilà !

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Peux-tu nous en dire plus sur cette ethnie peule, sur tes racines ?
J’utilise au quotidien les noms de famille typiquement peuls de mes parents, « BA » pour mon père et « SOW » pour ma mère. L’ethnie est reconnaissable par leur teint clair, les traits fins, cultivant la discrétion et l’élégance dans leurs actes et paroles. Peuple nomade, on ne connaît pas exactement leurs origines mais on les suppose éthiopiennes, égyptiennes, libyennes…Il y a eu pas mal de métissage ! Aujourd’hui, on les retrouve dans toute la région du Sahara, notamment du Sahel. Leurs ancêtres sont des bergers, et constituent la noblesse de cette région d’Afrique. J’ai donc de quoi être fière !

Est-ce que tu as des contacts avec ta famille du Mali ? Qu’est-ce que ce pays représente pour toi ?
J’ai eu la chance, enfant, d’aller presque tous les étés au Mali voir ma famille. J’ai ainsi pu tisser un lien fort avec elle. Enfant, j’avais appris le peul et le bambara, je pouvais communiquer librement avec eux ! Malheureusement, j’ai oublié ces langues… Avec mes études et le travail tout l’été, ça doit faire 7 ans maintenant que je n’y suis pas retournée. Ce lien me manque.

Comment perçois-tu cet héritage ? Est-ce que quand tu te rendais au Mali, tu te sentais Bordelaise ?
J’ai eu la chance de grandir dans un milieu privilégié à Bordeaux, mais sans personne qui me ressemblait. Quand j’allais au Mali, je n’avais pas forcément l’impression de ressembler à mes pairs, moi la Française… et vice versa.
Avec les années, je recommence à m’intéresser à cette culture malienne ; cela transparaît dans ce que je crée. Dans mes projets actuels, par exemple celui en collaboration avec mon cousin, Gilles Koné, alias Zatie’s Art, je cherche à recréer ce lien. C’est comme si j’essayais de remplir un vide que j’avais là depuis un moment. Et si plus tard, j’ai la chance d’avoir des enfants, j’aimerais leur transmettre cet héritage.

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Plus tard, tu te vois t’y installer ?
Pourquoi pas, un jour ? Si je peux faire quelque chose de concret, si je peux tenter un projet, alors oui ! Il me manque la langue et certaines coutumes ; mais étant une personne qui s’adapte très rapidement à toutes les situations, et ayant encore de la famille là-bas, alors pourquoi pas ?

Tes créations te permettent de recréer des liens, de combler ce vide. De cet héritage malien, peul ou plus largement africain, peux-tu nous expliquer quelles sont tes sources d’inspiration ?
Alors ! D’abord, il y a le design. J’ai un oncle designer, Cheick Diallo, dont le travail est reconnu en France, aux Pays-Bas et au Mali. Ses travaux m’ont beaucoup inspirée.
Ensuite, citons l’architecture. L’une de mes cousines est architecte (Mariam Sy Macalou – Projet Architerre à Tombouctou) et le mari d’une autre (Philippe Lemineur – Anvers) également. C’est effrayant, il y a eu beaucoup de destructions dans cette zone de Tombouctou depuis, alors qu’elle est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Par ailleurs, un souvenir très fort a imprégné mon imaginaire. Mon père, passionné de musiques africaines et latines, passait ses vinyles le week-end, tout le temps ! Plus tard, ses amis, passionnés également, m’ont fait découvrir des artistes maliens qui m’inspirent aujourd’hui. Celui qui m’a poussé à faire de mes origines une force est Florent Mazzoleni, personnage incontournable à Bordeaux.
Enfin, Internet, les réseaux sociaux, Pinterest… me permettent l’accès à une iconographie gigantesque sur mon pays et sur la manière dont vivent ses habitants, les Peuls, les Touaregs… Leur façon de s’habiller, de se coiffer, leurs maquillages, leurs tatouages… Tout un monde que je connaissais à peine et que je redécouvre, avec son esthétique si particulière !

L’Afrique d’aujourd’hui, tu la vois comment ? Et celle de demain ?
L’Afrique du Nord-Ouest est en train de devenir de plus en plus dynamique. L’entrepreneuriat et les investissements se multiplient : Amérique, Asie et Europe. On est de moins en moins dans le “pillage”, et plus dans l’entraide et le développement. Aujourd’hui à Bamako, je peux croiser des Chinois qui parlent largement mieux bambara que moi ! C’est impressionnant !
Surtout, il faudrait que les Africains deviennent complètement acteurs de ces projets. C’est en train d’être amorcé aujourd’hui. Je le vois avec la plupart des membres de ma famille, nés au Mali mais qui ont étudié à l’étranger. Ils sont finalement retournés au pays pour ramener leur connaissance et y développer leurs projets innovants. Leurs enfants font aujourd’hui la même chose. Ici en Occident, beaucoup de choses ont déjà été faites, le marché est saturé. Là-bas, ce n’est pas encore le cas !

Chez Kélé, on a envie de faire changer de regard sur le continent africain. Nous souhaitons montrer une Afrique positive, contemporaine, innovante, sans gommer les spécificités de chaque pays. Concrètement, l’objectif serait de monter un Festival Africain Contemporain à Bordeaux. Qu’est-ce que tu penses de ce projet ?
Il faudrait donner des informations sur les peuples et tribus locales. Peu de gens s’intéressent au fait qu’avant qu’il y ait toutes ces frontières si propres et droites, beaucoup de peuples aux différentes langues, coutumes et croyances vivaient en harmonie. Cela permettrait aussi de ne pas mettre tous les peuples dans le même panier, d’apprendre à les différencier et les apprécier.

LE PROJET

Le continent Africain nous semble encore bien souvent méconnu, à l’image archaïque et stéréotypée, parfois négative. Pourtant, sous l’impulsion de la jeunesse et de la diaspora, cette tendance est en train de changer. Depuis déjà quelques années, à Dakar, Cape Town, Lagos, mais aussi à Paris ou à New York, des projets émergent dans tous les domaines, avec un objectif commun : montrer que l’Afrique est riche. Kélé partage cette vision et souhaite donc s’inscrire dans ce mouvement là! L’objectif de Kélé est de faire changer de regard sur l’Afrique, de révéler la beauté d’un continent positif, contemporain et innovant, à travers des projets où collaborent des publics métissés : artistes, créatifs, entrepreneurs sociaux, Africains du continent et de la diaspora, citoyens de toutes origines.

Le projet Kélé a pris sa source à Bordeaux, et souhaite en particulier inventer un nouveau lien entre la ville et le continent. Au delà des rapports que les membres fondateurs de l’association entretiennent chacun avec l’Afrique, nous souhaitons donc pour cela mettre au cœur du projet la diaspora, un public qui possède la richesse d’appartenir à plusieurs cultures, à une époque où, ce que nous considérons comme une chance peut être, à bien des égards, maltraitée.

A travers ses projets, Kélé souhaite donc faire se rencontrer des habitants de territoires éloignés mais pourtant si proches, les faire créer ensemble et ainsi proposer de nouvelles perspectives et créer des ponts : d‘une région à une autre, de quartier à quartier, de Bordeaux à l’Afrique.

 « A titre personnel, nous avons des liens plus particuliers avec l’Afrique de l’Ouest, principalement le Mali, mais aussi le Sénégal, le Bénin, la Guinée, la Mauritanie. C’est d’ailleurs au Mali que nous avons trouvé le nom Kélé, qui en bambara signifie «un», mais aussi «unis» ou «ensemble», comme dans l’expression an bè kélé, «nous sommes un ».  Thomas, Fondateur.

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